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La dermo-hypodermite aiguë bactérienne non nécrosante (DHBNN), ou érysipèle, est une infection qui existe plutôt chez l'adulte après 40 ans ; on constate un pic de la maladie autour de la soixantaine. Cette pathologie douloureuse nécessite une prise en charge médicale relativement urgente. On vous en parle tout de suite dans cet article !

Érysipèle : caractéristiques

Il s'agit d'une infection aiguë de la peau due à l'introduction dans l'organisme d'une bactérie de type streptocoque (streptocoque β-hémolytique du groupe A ou SGA) dans environ 90 % des cas, ou staphylocoque dans 10 % des cas.

Chez l’enfant, le principal facteur favorisant des DHBNN est la varicelle, et elles peuvent être dues soit au SGA soit au Staphylococcus aureus (SA).

L'érysipèle siège le plus souvent au niveau d'une jambe mais parfois aussi au niveau du visage. Les portes d'entrée de l'infection les plus courantes sont :

  • les plaies cutanées ;
  • les ulcères de jambe (dans le cas d'une insuffisance veineuse voire lymphatique) ;
  • l'intertrigo (infection localisée au niveau des plis) au niveau des orteils ;
  • les piqûres d'insectes.

Les facteurs de risque de l''érysipèle sont :

  • les antécédents personnels de DHBNN ;
  • l'obésité (lorsque l'IMC est supérieur à 30) ;
  • les œdèmes chroniques et lymphœdèmes.

Symptômes de l'érysipèle

L'érysipèle se manifeste à travers :
  • une température élevée à 39-40°C ;
  • des frissons ;
  • des plaques rouges luisantes, d'installation brutale (en 48 h) sans nécrose (plaque noire) ;
  • une sensation de brûlure locale, de tension douloureuse voire de prurit (démangeaisons) ;
  • un œdème (gonflement) ;
  • de fortes douleurs ;
  • des adénopathies satellites (gonflement des ganglions situés à proximité de l'inflammation) ;
  • une lymphangite (inflammation d'un vaisseau lymphatique assurant le transport de la lymphe).

Diagnostic de l'érysipèle

Le médecin peut l'établir facilement à l'aide des signes cliniques et notamment l'apparition brutale d’un placard inflammatoire bien circonscrit (délimiter au feutre les contours de l'inflammation ou réaliser une photographie) associé à une fièvre. La recherche de la porte d'entrée cutanée est nécessaire.

Il peut éventuellement demander une analyse de sang qui montrera une élévation des globules blancs ainsi que l'élévation de la CRP (protéine qui signe le degré d'inflammation). Un prélèvement de plaie peut aussi être effectué bien que cela ne soit généralement pas utile.

Les signes de gravité sont :

  • la présence de signes généraux de sepsis ou de choc toxinique ;
  • l'extension rapide (en quelques heures) des signes locaux ;
  • une douleur très intense pouvant entraîner une impotence fonctionnelle ;
  • des signes locaux tels que :
    • lividité,
    • taches cyaniques (symptômes de cyanose, c'est-à-dire une coloration bleutée de la peau et des muqueuses),
    • crépitation sous-cutanée (présence de gaz sous la peau qui à la palpation donne la sensation d'écraser de la neige),
    • hypoesthésie voire anesthésie locale,
    • induration dépassant l’érythème,
    • nécrose locale ;
  • une aggravation des signes locaux dans les 24 à 48 heures malgré l’instauration d’une antibiothérapie adaptée.

Traitement de l'érysipèle

Il peut se faire à domicile mais une hospitalisation peut être envisagée dans le cas de personnes susceptibles de présenter des complications ou lorsque le traitement d'antibiothérapie initial reste inefficace au bout de 24 à 48 h.

Il repose sur :

  • une antibiothérapie d'une semaine soit par voie orale ou injectable : le médecin prescrit généralement une pénicilline (Amoxicilline, associée à l'acide clavulanique chez l'enfant) sauf en cas d'intolérance ; dans ce cas il peut utiliser un antibiotique d'une autre famille tels que la pristinamycine ou la clindamycine ;
  • des antalgiques ;
  • une héparinothérapie à l'aide d'une HBPM (héparine de bas poids moléculaire) en cas de risque de maladie thrombo-embolique liée à l'immobilisation ;
  • un traitement local de la porte d'entrée associé au repos avec, le cas échéant, la surélévation du membre atteint ;
  • une hygiène cutanée méticuleuse ;
  • le port d'une contention veineuse (bas ou bandes de contention) dès l’amélioration de la douleur ;
  • la recherche d'un diabète ou d'une immunodépression (déficit immunitaire) pouvant favoriser la survenue d'un érysipèle.

En revanche, en cas d'érysipèle sévère, l'association antibiothérapie/prednisone (cortisone) doit être envisagée car elle diminue de 5 jours la durée d'hospitalisation pour une quantité d'effets indésirables équivalente (si ce n'est des œdèmes plus importants) et moins de récidives.

Par ailleurs, une hospitalisation en urgence est nécessaire en cas :

  • de signes de gravité locaux ou généraux ;
  • de risque de décompensation d’une comorbidité ;
  • d'obésité morbide (IMC supérieur à 40)
  • de personne âgée de plus de 75 ans et souffrant de plusieurs pathologies ;
  • de bébé de moins d'un an.

Complications de l'érysipèle

Voici les complications possibles :

  • la récidive survient dans 25 % des cas surtout chez les patients ayant un terrain d'insuffisance veineuse et/ou lymphatique avec souvent la ré-apparition ou la persistance de la porte d'entrée ;
  • sur un plan local (5 à 10 % des cas), l'érysipèle peut se compliquer en abcès mais surtout chez les personnes immunodéprimées ou présentant une polypathologie ;
  • sur un plan plus général (moins de 5 % des cas), il peut survenir une septicémie (sepsis), une glomérulonéphrite post-streptococcique (inflammation au niveau d'un rein) voire un érythème noueux (nodules sous cutané).

La prévention de l'érysipèle passe ainsi par une bonne hygiène, le port de bas ou de bandes de contention en cas d'insuffisance veineuse avérée et le drainage lymphatique.